Le village de Givet, situé à la frontière franco-belge, se loge dans la vallée de la Meuse, forte de son passé industriel. L’exploration des archives du territoire a révélé l’existence de moulins à tan, qui servaient à broyer les écorces de chêne pour teindre les cuirs. Une belle coïncidence parce que ma proposition concernait justement l’utilisation d’écorces d’arbres locaux. En collaboration avec les services de la ville et les élagueurs locaux, j’ai récupéré de nombreux bois d’élagage pour tester la couleur des plantes ardennaises: saules, merisiers, noyers, pruniers, lierre de perse, pomme de pin, platane, sumac, frêne et bouleau. Presque autant d’essences nouvelles à mon propre nuancier.
Dès le premier jour de résidence, j’ai emmené les enfants en balade dans la Houille, à la rencontre des moulins abandonnés. Nous avons collecté un herbier, que nous avons ensuite dessiné, nommé, cartographié et étudié sous l’angle de ses usages oubliés.
À partir de notre exploration de la flore locale, chaque élève s’est approprié une plante, en a dessiné le motif et a commencé à imaginer sa pièce pour le défilé de fin d’année.
Les échantillons sérigraphiés - impressions aux mordants métalliques sur des tissus teints avec les écorces issues des élagages - ont constitué un nuancier de couleurs dans lequel ils ont pioché pour définir leur identité.
À un âge charnière entre l’enfance et l’adolescence, l’habit m’est apparu comme un médium fascinant, qui cristallise des personnalités, des envies et des prises de position. Nous avons travaillé à partir de deux rectangles de coton ouverts aux interprétations : un tablier parfois devenu jupe, un poncho qui se transforme en veston, un drapeau prolongé en bannière, un bonnet d’âne qui se prend pour une traîne.
En petits groupes, chacun est venu imprimer sa pièce à sa manière. La corde à linge de la fenêtre s’est lentement transformée en tringle à rideaux, révélant la transparence des motifs et les histoires de leurs dessins en filigrane.
Avec le reste des tissus teints et les branches écorcées, ils ont prolongé l’atelier et tendu une grande tente abritant un xylophone géant. Cette résidence m’a permis d’approfondir ma recherche sur le lien qui unit les enfants aux plantes, et la manière dont l’artisanat peut s’intégrer à leur quotidien.































